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27 juillet 2009 1 27 /07 /juillet /2009 19:19

torrents zé mules #1

Hunger de Steve Mcqueen(2008)


Vu, hier Hunger de Steve Mcqueen , chouchou cannois fournée 2008. Caméra d’or , donc , premier film pour cet artiste contemporain (de nos jours, nous ne savons plus de quoi il recouvre). Un premier film ultra maîtrisé, froid comme les murs désolés d’une rue de Belfast, un film délavé – à priori – de tout sentimentalisme. Tout est froid luisant, que des faits , un récit qui épouse les destins d’individus englués dans le conflit nord irlandais , non pas à la façon chorale (qui exige le montage alterné ) mais en butinant d’un personnage à l’autre. Le film est tout entier aspiré, absorbé en direction du personnage principal, la figure légendaire de Bobby Sands , militant républicain refusant de s’alimenter jusqu’à la mort , devenu une icône du combat catholique , lui-même communicateur hors pair de la cause républicaine.

On commence donc par un maton unioniste (il possède un porte-clef à l’effigie de l’union jack, c’est dire qu’on peut montrer avec bien peu de choses) qui a la fâcheuse habitude de plonger ses poings ensanglantés dans un lavabo rempli d’eau froide ; il n’a pas l’air de trouver son job gratifiant , puis vint le personnage «  pont », celui d’un jeune militant républicain arrivé dans la sinistre prison de Maze qui va devoir s’habituer aux conditions de détention édictées paradoxalement par Bobby Sands et ses camarades : ne pas porter de vêtements infamants de prisonniers de droit commun et surtout, faire de la peinture murale avec leurs excréments. Le surgissement du christique Bobby nous est donné sans ménagement, les matons extirpent un homme nu aux cheveux hirsutes, un homme primitif et farouche refusant de sortir de sa cellule, il ne se laisse pas faire , c’est le dur des durs , dans la salle de bain , l’attend une baignoire et des ciseaux , le tout pour le rendre un peu plus présentable , les coups portés  sont matérialisés à la fois par les plaies sanglantes qui recouvrent son cuir chevelu et aussi par le sang qui se mélange avec l’eau du bain. Cette démonstration insoutenable d’un homme qui comme le christ, encaisse plus qu’il n’en faut, c'est-à-dire  au-delà du seuil admissible est interrompue par un très long plan fixe qui met en scène l’annonce de la grève de faim de Bobby à un prêtre républicain. Après cela, on a qu’une idée fixe en tête , est ce que le réalisateur débutant va le faire ? faire quoi ? montrer l’agonie via la cure d’amaigrissement du très entreprenant acteur germano-britannique Michael Fassbender (un patronyme prédestiné…)

J’ai pas détesté le film , c’est une de ces expériences sensorielles (une de plus) à laquelle nous convie le nouveau venu sur la place. Un film sec et puissant qui même s’il évite la démonstration (en voilà un cliché du cinéma contemporain…) , ne pourra pas esquiver le désir de savoir ce qui sous tend réellement le projet de Mcqueen.

affaire à suivre…

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Published by Brahmapoutre - dans torrents zé mules
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11 mai 2009 1 11 /05 /mai /2009 22:21

salut à tous , faut toujours qu'on commence par quelque chose

première mise en bouche , un papier publié y a longtemps de ça dans un quotidien - dont je tais consciencieusement le nom pour ne pas avoir à faire de la pub gratuite -

 

 

 

L’ami Wenders

 

Essayez d’en placer une au sujet de Wim Wenders, on vous dira tout de go, « Paris Texas », ou plus près de nous, son film post onze septembre, le très timoré « terre d’abondance » ; Les cinéphiles, toujours plus fouineurs, battront le rappel pour les «  Ailes du désir », les plus jeunes défendront son polar raté tourné en scope , le mésestimé « The End of Violence » , d’autres remonteront plus loin , durant ses années noir et blanc allemandes en citant Alice dans les villes , enfin , les sexagénaires algérois, des nostalgiques de la cinémathèque de la rue Ben M’hidi se seraient souvenus de « l’état des choses ». Mais moi j’ai décidé d’avaler les neuf cents mégas octets sous titrés de son « Amerikanische Freund. »

 

Pourquoi ? On ne sait jamais vraiment pourquoi un film suscite en vous plus d’intérêt qu’un autre. Peut-être est-ce dû à Dennis Hopper, cet acteur américain aux gestes facétieux typiquement américain et au fond si peu étasunien, à la fois « Easy Rider » aux tendances de poète céleste, Kerouac dans l’âme avec ce rien de « flower power ». Il est dans la vie un collectionneur d’art avide et très respecté, un personnage donc, raffiné à l’extrême, se piquant pour cette Europe qui prend de haut ces péquenauds venus du nouveau monde. Je voulais, en quelque sorte, découvrir à quoi il ressemblait dans la période de « l’entre deux guerres », c'est-à-dire coincé entre Easy Rider et Apocalypse Now. Et puis ça ne s’arrête pas là, la distribution est de classe mondiale, on avait pour habitude de voir sortir sur les écrans beaucoup de longs métrages à nationalités variables. Dans l’ami américain, il y a le beau gosse made in France, le « beau serge » sous les traits de l’inquiétant Gérard Blain, le James Dean hexagonal. Nicholas ray, cinéaste oublié des masses, statufié de son vivant par Godard et Cie, il est impressionnant par sa carrure, encore reconnaissable et cela, quelques mois à peine avant les premiers signes de destruction physique redevable à un cancer qui allait ronger son corps. Avec tout ça, on allait découvrir la perle en la personne de Bruno Ganz , ce bien étrange comédien suisse alémanique qui a incarné le führer avec maestria dans  sa Chute du bunker berlinois ou « Untergang ». Et puis on vous le dit,  le film est très international, Wenders a baladé sa caméra scrutatrice dans trois métropoles surchargées de significations, New York , Hambourg en Allemagne et Paris, un triangle incarnant une certaine idée de l’occident , deux ports et une capitale, et puis « the last but not the least », l’œuvre est tirée d’un bouquin d’une romancière géniale , la rigoureuse Patricia Highsmith qui a donné vie à un des personnages récurrents des plus achevés de la littérature policière , Monsieur Ripley , me souviens encore de la lecture éclairante de Plein soleil où ce machiavélique pédéraste honteux qui se joue des destins de ses victimes expiatoires avec une humanité assumée qui nous change un peu des méchants désincarnés de certains romans trop violents trop tranchants pas assez vraisemblables. Ripley est faible et salaud, il s’en tire parce qu’il nous apparaît si humain.

C’est en çà que l’ami américain est un documentaire dans lequel wenders fouille ses acteurs tel un entomologiste obstiné. Est-ce une fiction pure ? Rien n’est moins sûr, était-ce un documentaire déguisé en fiction ? pas si évident que cela tant le récit tire sa force par la puissance du thriller et de la beauté époustouflante des cadres cernant une imagerie mythologique dégagée par les villes shootées, on parlera alors de « surmodernité » comme aime à le rappeler l’anthropologue urbain Marc Augé dans son maître livre (1) , les aéroports , les stations service, les aires de repos des autoroutes, les gares et les stations de métro sont ces nouveaux territoires ou se jouent les véritables socialisations, ou se trame la société de consommation qui voit ses créatures s’évertuer , tels de précis mécanismes d’horloger, s’en aller au boulot de bonne heure,  revenant, le soir éreinté à la maison.

D’autre part, la sensation est d’autant plus délicieuse, lorsqu’on devine en égratignant l’écorce des personnages passés en revue à mesure que le récit avance, la vraie vie des comédiens qui les incarnent, c’est un peu comme si Wenders avait auparavant achevé de faire une enquête minutieuse sur tous ses acteurs. Dennis Hopper est comme on l’a dit plus haut, un collectionneur d’art contemporain avisé et respecté, dans le film, il est un escroc doublé de la casquette de marchand d’art. On apprend aussi que le personnage de zimmerman possède un accent suisse quand il cause allemand, le même zimmerman campé par l’impeccable ganz , suisse allemand – quel hasard ! -  de son état ! le peintre faussement décédé campé par l’immense nicholas ray qui semble avoir donné carte blanche à Wim pour filmer son loft de Soho dans la pointe sud de Manhattan, deux années plus tard, on retrouve le même loft assiegé par des admirateurs et des proches du génial bricoleur coupable de Johnny Guitar qui s’enquissent du sort funeste de leur mentor qui, au stade terminal de la tumeur cancéreuse ; allait donner l’insoutenable et magnifique Nick’s Movie du même Wim Wenders.

 Le film est tourné en hiver de l’année 1976. Ripley annone à son magnétophone etouffé d’émotion romantique la date exacte du tournage, décembre 1976. 

Autre indice de taille, pour les obsédés de détails, dans le générique de début, est inscrit une dédicace en petites lettres le nom et prénom du fondateur mythique de la cinémathèque, Henri Langlois, nous sommes bien en 1977, année de trépas du mentor des cinéphiles du monde connu…

Wenders adore le western, non il le vénère même, il est au-dessus de tout, car il est à la source d’un cinéma classique qui a fourbi les armes des fameux critiques des cahiers du cinéma, eux-mêmes fossoyeurs de ce cinéma classique, les avant-gardes ont toujours été comme ça, un jour ou l’autre, ils admettent leur dette envers leurs aînés touchés par une amnésie passagère, vingt à trente ans d’une carrière de cinéaste, puis vinrent les interviews fleuves d’artistes fatigués évoquant les Walsh, Ford et autres Peckinpah «  on leur doit tout ou presque » aurait dit le plus tout jeune wim. La séquence d’ouverture est magique, en fait, elle est en deux parties, qui réunit deux cités, New York et Hambourg. Par la grâce de la musique. On apprend très vite à qui on a affaire - rendu possible, il est vrai par un sublime sens de la concision et de l'ellipse - que M. Ripley est un escroc et trafiquant d’art international, son ami le peintre Pogash est mort sur le papier mais bien vivant dans ce vaste loft de Soho. Ripley lui rend régulièrement visite pour prendre de ses nouvelles et récupérer quelques tableaux du maître disparu, il les revend dans une galerie de Hambourg pour des sommes astronomiques. La musique est agréable est positive, à la fin d’un générique en lettres rouge vif, la grisaille hambourgeoise dévoile le port brumeux de cette ville, ancien port franc de commerce hanséatique, la caméra suit pas à pas, la marche soutenue d’un père et de son enfant, la musique a déjà basculé dans l’inquiétude. Elle se fait menaçante, il y a de l’avertissement dans l’air. Comme ce fut le cas chez John Ford, lors de l’ouverture de sa  prisonnière du désert. Une femme surgit d’une porte entrebâillée et regarde droit devant elle, la musique est belle et dégage des ondes positives jusqu’au moment où, dans le contrechamp, un homme à cheval comme une tâche mobile s’élargit à mesure qu’il s’approche de la propriété. Dés lors, la musique devient menaçante, un sourd danger enveloppe le ciel bleu magnifique du désert de l’Arizona, on vous a prévenus, John Wayne apporte avec lui mort et désolation. (à suivre…)

 

(1) Non-Lieux, introduction à une anthropologie de la surmodernité, Le Seuil, 1992 

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